LIONEL-GROULX
Art et architecture
La station Lionel-Groulx, la mieux planifiée des quatre stations de correspondance du réseau, est aménagée sur deux niveaux, de sorte que la plupart des correspondances puissent se faire sans prendre les escaliers. Comme la plupart des passagers qui effectuent une correspondance se dirigent vers le centre-ville ou le quittent, les deux lignes vers le centre-ville (Montmorency et Honoré-Beaugrand) se trouvent ensemble au quai supérieur, tandis que les deux lignes vers la périphérie (Côte-Vertu et Angrignon) se trouvent au quai inférieur. Ceci fait en sorte que ces passagers peuvent correspondre en traversant tout simplement le quai.
Le niveau supérieur, abritant les quais Honoré-Beaugrand et Montmorency, bénéficie du grand volume de la station, construite en tranchée; ce volume s’étend donc presque jusqu’au niveau du sol. Les étendues immenses des murs au revêtement uniforme de panneaux de béton brut, les espaces vertigineuses du grand volume et les vues imprenables à travers les ouvertures reliant les différents niveaux, toutes s’arriment pour offrir une toile de fond des plus impressionnantes pour les mouvements des trains.
Le niveau inférieur est moins haut, et le quai est plus étroit. Les voies du niveau supérieur sont appuyées par des cloisons épaisses formant des alcôves au-delà des voies du niveau inférieur, qui à leur tour passent sous les bords des quais supérieurs.
Tous les niveaux de la station partagent le revêtement caractéristique des planchers, un motif immédiatement reconnaissable de carreaux circulaires de céramique vitrifiée dans six tons de rouge, orange et jaune. Certaines surfaces, notamment aux extrémités des quais et sous les escaliers mécaniques, sont parées de granit noir du Lac-Saint-Jean.
Malheureusement, les lignes épurées, élancées et symétriques du grand volume ont été interrompues dans une certaine mesure par l’aménagement de locaux commerciaux, en verre, en métal et en carreaux gris ardoise.
L’édicule unique, séparé de la rue par un jardin boisé, est le plus à l’est d’une rangée de petits bâtiments qui suivent l’axe de la station en laissant à peine entrevoir la présence souterraine de son immense volume. L’édicule, avec un abri innovateur pour vélos qui se trouve derrière lui, est suivi par les lanternes de deux puits de lumière et par un local technique. Ceux-ci se trouvent dans un grand espace de verdure qui occupe la majorité du quadrilatère de la station; son pourtour accueille les arrêts des nombreuses lignes d’autobus qui desservent la station.
À l’intérieur, une volée d’escaliers fixes et mécaniques relie l’édicule à la mezzanine qui accueille la billetterie. Celle-ci flotte au-dessus du quai supérieur, appuyée par une charpente en béton, offrant des vues qui donnent sur le volume entier de la station ainsi que sur toutes les voies. L’enchevêtrement de poutres et de piliers centraux qui appuie les niveaux de la station a été planifié pour suggérer de grands arbres qui s’élèvent dans le grand volume vers le soleil, fourni par les puits de lumière. Or, en cours de conception et de construction, l’aménagement a dû être modifié, notamment par le remplacement des plafonds transparents des puits de lumière. Ainsi, le concept mis de l’avant par l’architecte en est resté plutôt estompé. 2
Le volume au-dessus de la mezzanine est orné de deux murales en acier inoxydable, l’œuvre de l’architecte de la station, Yves Roy, qui reflètent les mouvements des passagers et des trains.
On y trouve aussi une magnifique sculpture monumentale signée Joseph Rifesser. Taillée sur le tronc massif d’un noyer et nommée L’Arbre de vie, elle représente la famille humaine surgissant de racines communes. Autrefois située à l’entrée de la Terre des Hommes lors d’Expo 67, à la fin de l’exposition elle a été présentée à la ville de Montréal par l’ONU. Elle a ensuite été installée à la station et dévoilée le 15 septembre 1978, moins de deux semaines après l’ouverture de la station elle-même.3
D’abord centrée sur la mezzanine, la sculpture a dû être déplacée vers le nord afin de permettre l’installation du nouvel ascenseur. Elle occupe maintenant une position en face de celui-ci et se dresse sur un nouveau socle en bois. Ce tronc dépouillé reprend dans une certaine mesure la vision de l’architecte des arbres s’étendant vers la lumière; il s’unit aux murs gris et aux couleurs de feuilles mortes tachetées au sol pour créer un motif automnal dans le décor de la station.
Historique et faits divers
Achalandage
4 692 565 départs en 2025
13e station en achalandageNote : Tient en compte uniquement les entrées et non les correspondances
Profondeur des quais
Quai supérieur : 12,5 mètres
Quai inférieur : 16,5 mètres
30e station en profondeur
Longueur d’interstations
Vers
Charlevoix : 1077,31 mètres
Vers
Atwater : 1387,74 mètres
Vers
Place-Saint-Henri : 579,60 mètres
Vers
Georges-Vanier : 530,60 mètres
Origine du nom
Avenue Lionel-Groulx. Abbé Lionel-Adolphe Groulx (1878-1967), prêtre, historien et écrivain, était un nationaliste québécois marquant. Né à Vaudreuil, il étudie la théologie au Grand Séminaire de Montréal et est ordonné prêtre en 1903. Il enseigne au séminaire de Valleyfield de 1903 à 1915, puis de 1915 à 1950 occupe la chaire de l’histoire du Canada de l’Université Laval à Montréal (devenue l’Université de Montréal en 1919). Il fonde l’Institut d’histoire de l’Amérique française en 1946 et dirige la Révue d’histoire de l’Amérique française de 1947 à 1967.
La rue Albert, qui devait à l’origine donner son nom à la station, fut rebaptisée rue Lionel-Groulx le 22 juin 19734 (et plus tard avenue Lionel-Groulx), afin de permettre le changement du nom de la station pour honorer l’abbé Groulx après sa mort.5
À cause des controverses autour des positions politiques de l’abbé Groulx, dont des accusations d’historiographie révisionniste, de promotion d’un nationalisme religieux conservateur et d’antisémitisme, il y a eu plusieurs appels au fil des années à changer le nom de la station. Parmi les personnages dont on a proposé d’y substituer le nom, on compte le cardinal Paul-Émile Léger,6 Jean Drapeau (avant que la station Île-Sainte-Hélène a été renommée pour lui)7 et Oscar Peterson8, 9.
Nom durant la phase de planification : Albert10
Durant la planification de la station, le nom Sainte-Cunégonde, pour le quartier avoisinant (nommé pour sainte Cunégonde, épouse de saint Henri), fut suggéré mais non retenu.
Abbé Lionel-Adolphe Groulx
(Source11)
Faits divers
- Cette station fut la première station-correspondance inaugurée lors des extensions du métro. (Berri-UQAM était la station-correspondance du réseau initial; Jean-Talon faisait partie du réseau initial, mais sa connexion avec la ligne bleue ne fut ajoutée qu’en 1986.)
- Tôt dans le processus de conception, un aménagement alternatif a été considéré pour les voies et les quais, voulant que la ligne verte passe au centre de la station, alors que les voies de la ligne orange auraient longé les murs extérieurs de la station. Ceci aurait créé deux quais centraux disposés en parallèle et reliés par une passerelle. L’intention était d’offrir les mêmes avantages que l’arrangement qu’on connaît aujourd’hui en matière de correspondance efficace à travers les quais dans les sens principaux, tout en maintenant l’ouverture des portes à droite pour tous les trains. En effet, comme Lionel-Groulx était la première station planifiée de sorte que les trains dans certaines directions doivent ouvrir leurs portes à gauche, des doutes subsistaient à propos de la sécurité de cette procédure. Ultimement, ce plan fut rejeté par souci d’économie : il aurait été nécessaire que les voies de la ligne orange se croisent en avant- et arrière-gare, en plus de croiser le tunnel de la ligne verte, ce qui aurait augmenté les coûts et la complexité.12
Diagramme présentant un aménagement alternatif proposé de la station, avec deux quais centraux parallèles reliés par une passerelle
(Source12)
Esquisse architecturale du grand volume et du quai supérieur
(Source13)
Esquisse architecturale de l’édicule, montrant un mur-écran central omis de la version définitive
(Source13)
- Le décor prévu à l’origine était l’inverse de celui que l’on connaît aujourd’hui : du granit gris au plancher et des murs colorés.
- Les emblématiques carreaux circulaires au plancher ont été fabriqués en France par Les Émaux de Briare, une entreprise fondée au XIXe siècle.14
- À l’origine, on projetait du développement résidentiel ou commercial au-dessus de la station, ce qui explique le design peu imposant privilégié pour l’édicule et les autres bâtiments de surface.15 Le site a même été considéré pour accueillir le siège social de la CTCUM.16 Finalement, aucun projet n’a abouti et le site est demeuré un espace de verdure, sans toutefois être désigné officiellement comme parc.
- Au début, Jean-Paul Mousseau était pressenti comme l’artiste de cette station. Toutefois, après que l’architecte Yves Roy ait rejeté son avant-projet d’œuvre d’art, il a refusé d’en proposer un autre et s’est retiré. Ultimement, c’est Roy lui-même qui a créé les deux sculptures murales de la station à sa place. 2
- Un abri-vélo unique dont l’accès était contrôlé par la carte OPUS existait derrière l’édicule de la station entre octobre 201317 et 2025.
Maquette architecturale de la station
(Source18)
Vue aérienne de l’excavation à ciel ouvert de la station en 1975
(Source19)
L’excavation de la station
(Source18)
La mezzanine en chantier
(Source20)
Le quai supérieur en chantier
(Source21)
La sculpture L’Arbre de vie de Joseph Rifesser fait son entrée dans la station, en 1978
(Source18)
La sculpture L’Arbre de vie au centre de la mezzanine, avant son déplacement pour permettre la construction d’un ascenseur
Un abri-vélo à accès contrôlé, unique en son genre dans le métro, anciennement situé derrière l’édicule
- La séquence finale du film The Jackal (Le chacal) (1997) de Michael Caton-Jones, mettant en vedette Bruce Willis et Richard Gere, a été tournée dans cette station. La station fut décorée pour représenter la station Metro Center du métro de Washington, DC. Les bandeaux de nom de la station ont été couverts et les piliers et plans de réseau de Washington installés. D’autres scènes ont été tournées à la station Radisson.
Bruce Willis et Richard Gere dans The Jackal (Le chacal) (1997) (Source22)
- Des scènes du film Sonatine (1984) de Micheline Lanctôt furent tournées dans cette station.
Pascale Bussières et Marcia Pilote dans Sonatine (1984) (Source23)
Adresse de l’accès
Arrondissement du Sud-Ouest
620, avenue Atwater, entre rue Saint-Jacques et rue Delisle;
face à l’avenue Lionel-Groulx
Attractions avoisinantes
- Marché Atwater
- Mairie de l’arrondissement du Sud-Ouest
- Église Saint-Irénée
- Église unie Union
- Lieu historique national du Canal-de-Lachine
- Bibliothèque Georges-Vanier
- CÉDA – Comité d’éducation aux adultes de la Petite-Bourgogne et de Saint-Henri
- Aéroport international Montréal-Trudeau (via l’autobus 747)
Dernière mise à jour : 2026-09-26
Références
- Image adaptée de : Bureau de transport métropolitain. (s.d.) « Lionel-Groulx » [dépliant]. ↩
- Senosier Roberge, Véronique (réalisatrice). (2022, 26 septembre). « Station Lionel-Groulx » [épisode d'émission télévisuelle]. Le métro voyage dans le temps. MAtv Montréal. ↩ ↩
- La nouvelle station de métro Lionel-Groulx[…]. (1978, 16 septembre.) Le Devoir, p. 3. ↩
- Ville de Montréal. (1973, 22 juin). Règlement 4623 changeant le nom de la rue Albert en celui de Lionel-Groulx / By-law 4623 changing the name of Albert Street to that of Lionel-Groulx. Archives de la Ville de Montréal, CA M001 VM001-33-02-D108-P4623 ↩
- Lamarre, Y. (1976, 16 mars.) Les noms des places publiques : Réponse à M. Lajeunesse. La Voix Populaire. Source: Archives de la Ville de Montréal, CA M001 VM166-1-1-D5277. ↩
- MUC asked to drop Groulx’s name from metro station. (1996, 21 novembre.) The Gazette, p. A5. ↩
- Curran, Peggy. (1999, 14 août.) His dreams were ours: Larger-than-life blueprint redesigned Montreal. The Gazette, p. A3. ↩
- Luft, Amy. (2008, 4 mars.) Métro Oscar Peterson just the ticket: supporters. The Gazette, p. A8. ↩
- La Presse Canadienne. (2020, 24 juin.) Pétition pour renommer la station de métro Lionel-Groulx au nom d’Oscar Peterson. Le Devoir. ↩
- Clairoux, Benoît. (2001). Le métro de Montréal : 35 ans déjà. Montréal : Hurtubise HMH. P. 110. ↩
- Anonyme. Abbé Lionel-Adolphe Groulx. c. 1925-1935. Photographie. Source : Bibliothèque et Archives Canada / C-019195. ↩
- Richard, P. (1972, 18 septembre.) À la future station Albert, une formule inédite de correspondance entre métros. Le Devoir. P. 7 ↩ ↩
- Roy, Y. Station-correspondance Albert: dossier préliminaire (document de présentation au Bureau de transport métropolitain). 1973, 11 janvier. Archives de la Ville de Montréal, dossier CA M001 XCD001-D19, cote 1D-06-01-36F. ↩ ↩
- Info-STM. (2012, 19 septembre.) Une tuile à la fois, la suite. 24 Heures. P. 13. ↩
- Encore et toujours des bonnes nouvelles pour nous. (7 août 1979.) La Voix Populaire. Source: Archives de la Ville de Montréal, CA M001 VM166-1-1-D5277. ↩
- Metro chiefs eye new site. (1980, 24 mai.) The Gazette. P. 36. ↩
- Société de transport de Montréal. (s.d.) Chronologie de l’entreprise. STM. ↩
- © Archives de la STM. ↩ ↩ ↩
- Photographie par Rhéal Benny, le 11 juin 1975. Source : Archives de la Ville de Montréal, VM94-B176-169. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. ↩
- Photographie par Pierre McCann, La Presse, 19 avril 1977. Fonds La Presse. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P833,S4,D1623. No. 157. ↩
- Photographie par Pierre McCann, La Presse, 19 avril 1977. Fonds La Presse. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P833,S4,D1623. No. 155. ↩
- Images © 1997 Universal City Studios Inc. ↩
- Images © 1996 Malofilm Vidéo ↩
Charlevoix



















































