PLACE-SAINT-HENRI
Architectes
Julien Hébert et Jean-Louis Lalonde
Nouveaux édicules (2024) : STM, Section Architecture
Mise en service
28 avril 1980
Art et architecture
Cette station belle et élégante se centre autour d’un volume interne gigantesque. Le plafond de cet espace au-dessus des quais est planifié comme une progression de voûtes en béton brut, chacune plus haute que la dernière, dont les formes sont reflétées sur le mur tympan qui y fait face.
Des retraits très hauts de forme triangulaire sont tranchés dans les murs de part et d’autre des quais au pied des escaliers. Ces retraits, mis en évidence par leur brique glacée jaune, admettent la lumière naturelle aux quais depuis l’édicule d’un côté et un puits de lumière de l’autre.
L’effet saisissant du grand volume est rehaussé par les hauts murs qui séparent les cages d’escalier extrêmement profondes de la voûte principale. Cette séparation sert à renforcer l’effet d’étonnement lorsqu’on découvre ce volume en arrivant en bas des escaliers.
Les murs des quais sont décorés de brique glacée pour former une suite de panneaux rectangulaires dans un dégradé attrayant de couleurs. Commençant par le vert printemps à chaque bout, ils passent par l’aigue-marine, le bleu, le pourpre, le rouge et l’orange, pour se rencontrer dans des étendues jaunes au centre des quais. Cet agencement égaie les quais même pour les passagers à bord des trains.
Les triangles des puits de lumière font partie du motif d’hexagones et de triangles équilatéraux (qui forment eux-mêmes des hexagones) déployé partout dans la station. Ces formes se trouvent notamment au niveau du carrelage du sol, des piliers, des puits et des lanterneaux d’éclairage, des plafonds à caissons et des formes de l’édicule principal.
La salle de contrôle de la station occupe un large et très long hall juché sur le grand volume. Une longue barrière de perception définit la zone contrôlée, tout aussi large, qui donne de part et d’autre sur les cages d’escalier monumentales vers les quais. Les têtes de ces escaliers se trouvent au fond de la zone contrôlée.
À l’extérieur des tourniquets, une passerelle bifurque vers le sud et traverse la cage d’escalier du quai Montmorency pour atteindre le large escalier vers l’édicule principal, soit la sortie Saint-Ferdinand. Ce bâtiment à demi-niveaux en béton et brique, entouré par une boucle d’autobus, reprend le thème géométrique dans sa forme irrégulière constituée de triangles et d’hexagones. Un grand lanterneau hexagonal illumine l’escalier et les puits de lumière en contrebas. Le toit à caissons triangulaires se projette vers l’extérieur pour former une large saillie, afin d’abriter les passagers aux arrêts d’autobus.
Si par contre on continue tout droit à partir des tourniquets, le hall continue en formant un long corridor vers les deux autres édicules de la station. Ceux-ci furent construits en 2020-2024 dans le cadre de l’installation d’ascenseurs; ils ont remplacé deux bouches de métro à ciel ouvert et la galerie souterraine extérieure qui les reliait (voir Faits divers, plus bas). Par ailleurs, une grande section de cette galerie a été incorporée à l’intérieur de la station; on peut en effet apercevoir ses colonnes et le plafond à caissons triangulaires plats dans la portion du corridor plus près de la billetterie. Les murs du nouveau corridor sont en brique brun foncé.
D’abord, du côté nord du corridor, on trouve l’escalier vers l’édicule Saint-Jacques, un petit bâtiment qui n’est guère plus large que l’escalier lui-même. Comme son homologue, il s’agit d’une structure rectangulaire plutôt haute, presque entièrement vitrée, avec une charpente extérieure noire et un toit vert.
Près du pied de l’escalier vers cet édicule, on trouve l’ascenseur vers le quai Côte-Vertu. Ceci est englobé dans une zone contrôlée séparée qui longe le corridor entier jusqu’à l’édicule Place Saint-Henri, et ce, afin de relier les deux ascenseurs. La géométrie unique de la station a constitué un défi complexe lorsqu’on planifiait l’implantation des ascenseurs; cet aménagement un peu compliqué en est le résultat. Cette zone contrôlée possède deux ensembles de portillons de perception aux deux extrémités, soit près de chacun des ascenseurs.
Le corridor, divisé entre la zone contrôlée et la zone libre, continue sur environ 40 mètres de plus avant d’atteindre l’édicule Place Saint-Henri. Celui-ci accueille l’ascenseur entre la surface, le niveau de perception et le quai Montmorency. L’extérieur sobre de l’édicule cache un intérieur compliqué. Des portillons de perception au niveau de la rue mènent uniquement à l’ascenseur. Ensuite, des deux extrémités de l’édicule, des escaliers descendent vers le corridor. La charpente du plafond en béton forme des caissons triangulaires, un rappel de l’architecture d’origine de la station.
La station est dotée de plusieurs œuvres d’art. La plus saillante est une sculpture mobile énorme et allègre de Jacques de Tonnancour. Elle est suspendue dans un puits qui traverse le plancher du hall, avec l’élément supérieur dans un enclos de verre dans le milieu de la salle de contrôle, et l’élément inférieur dans le grand volume au-dessus des voies.
Elle était autrefois motorisée, mais le moteur ne fonctionne plus. Toutefois, une rafale produite par les mouvements des trains (ou bien un coup de main d’un client dans la salle de contrôle) peut la mettre à tourner lentement, un spectacle insolite et amusant.
Ensuite, le mur de fond de la zone contrôlée principale arbore une murale subtile et souvent ignorée en brique émaillée, signée Julien Hébert. Elle commémore le titre du fameux roman Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy, dont l’action se déroule à Saint-Henri. Les lettres du titre du roman sont formées de briques glacées dans les coloris utilisés aux quais, intercalées dans le briquetage du mur.
Subséquemment, la station a accueilli une œuvre ancienne, une statue de l’explorateur Jacques Cartier, qui a réclamé le Canada pour la France en 1534. La statue bien-aimée de Joseph-Arthur Vincent coiffait depuis 1896 une fontaine dans le parc Saint-Henri avoisinant. Elle avait croulé sous les intempéries et a été réparée plusieurs fois, avant qu’on prenne la décision de la remplacer par une copie. L’œuvre originale a été restaurée et réinstallée ici en 2001, à l’abri mais toujours en vue du public. La statue trône sur un socle suspendu dans le puits de lumière nord, veillant sur la salle des pas perdus.
Finalement, la construction des nouveaux édicules a entraîné en 2025 l’ajout d’une nouvelle œuvre du 1 %, signée Véronique La Perrière M. Sous le titre Rives scintillantes, elle consiste d’une mosaïque située dans le corridor sous l’édicule Place Saint-Henri, ainsi qu’une mosaïque circulaire plus petite dans l’édicule, sur le mur de béton de la gaine d’ascenseur, au-dessus de l’escalier nord. Faite de tessons rutilants de tons de bleu et blanc, l’œuvre honore l’environnement naturel présent avant le développement du quartier, dont des cours d’eau aujourd’hui disparus tels que le lac à la Loutre et la rivière Saint-Pierre, et la végétation qu’ils nourrissaient. Le volet circulaire, visible de l’extérieur de l’édicule, surplombe la rue telle une lune.
Accessibilité
Cette station est pourvue d’ascenseurs pour l’accessibilité aux personnes en fauteuil roulant. Un ascenseur relie l’édicule de la place Saint-Henri au niveau de la billetterie et au quai Montmorency, alors qu’un deuxième relie le niveau de la billetterie au quai Côte-Vertu. Des portillons dans l’édicule de la place Saint-Henri permettent l’accès à partir de la rue, alors qu’un long corridor en zone contrôlée au niveau de la billetterie relie les deux ascenseurs.
La construction a débuté le 25 novembre 2020 et les ascenseurs ont été mis en service le 20 décembre 2024.
Historique et faits divers
Achalandage
2 085 670 départs en 2023
47e station en achalandage
Profondeur des quais
17,7 mètres
21e station en profondeur
Longueur d’interstations
Vers Vendôme : 1450,88 mètres
Interstation la plus longue sur l’île de Montréal
Vers Lionel-Groulx : 579,60 mètres
Origine du nom
Place Saint-Henri. La place Saint-Henri est depuis longtemps le cœur de l’historique quartier ouvrier de Saint-Henri, immortalisé dans le roman Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy.
La colonisation du secteur a commencé au 17e siècle par l’installation de tanneries, d’où ses premiers noms : Les Tanneries, Les Tanneries du Coteau-Saint-Pierre ou Les Tanneries des Rolland. En 1810, une chapelle dédiée à saint Henri fut érigée près des tanneries. Ce sanctuaire sulpicien a apparemment été nommé en hommage au père Jean-Henri-Auguste Roux (1798-1831), supérieur du séminaire sulpicien de Montréal. La chapelle a bientôt donné son nom au village qui se développait autour des tanneries; déjà en 1813 on l’appelait Saint-Henri ou Saint-Henri-des-Tanneries.
Aux années 1860, l’immense paroisse de Notre-Dame-de-Montréal a finalement été divisée pour mieux desservir les districts et banlieues de la ville; la paroisse de Saint-Henri-des-Tanneries fut établie en 1867. Le vocable Saint-Henri fut transféré à l’église paroissiale, construite sur l’actuelle place Saint-Henri en 1869; à son tour, la place portait officiellement le nom de l’église déjà en 1913.1
La place Saint-Henri est née en tant que jonction entre l’ancienne rue Saint-Bonaventure (aujourd’hui Saint-Jacques; voir Bonaventure) et le chemin vers Lachine (aujourd’hui la rue Notre-Dame à l’est de la place et rue Saint-Jacques à l’ouest). Le premier chemin de fer de Montréal, le Montreal and Lachine Railroad, traversait également la place, avec une gare à proximité. Ainsi, la place est devenue un nœud urbain important. Outre l’église, elle accueillait une école, un couvent, un orphelinat, un bureau de poste, des arrêts de tramway, et la mairie du village. Attirée par les emplois industriels le long du canal de Lachine, la population a connu un rapide essor, et le village de Saint-Henri-des-Tanneries a reçu son statut municipal en 1876. Il fut annexé à la ville de Montréal en 1905.
L’église et les autres édifices institutionnels furent démolis aux années 1970 pour faire place à l’école polyvalente (aujourd’hui école secondaire) Saint-Henri, la gare fut remplacée par le CLSC du quartier, la place elle-même a subi d’importantes reconfigurations lors de la construction de la station de métro et les voies ferrées ont cédé leur place à un parc linéaire aux années 1980.2
Quant au saint lui-même, saint Henri II fut empereur du Saint-Empire de 1014 à 1024 et fut canonisé en 1146. Son épouse, l’impératrice Cunégonde de Luxembourg, fut également canonisée en 1200; la paroisse avoisinante (aujourd’hui la Petite-Bourgogne) a reçu le nom de Sainte-Cunégonde en référence à Saint-Henri. La station Lionel-Groulx a failli également recevoir ce nom.
Noms proposés durant la phase de planification : Les Tanneries;3 Saint-Henri.4 Une résolution du Comité exécutif de la Ville de Montréal en date du 16 mars 1976 et portant sur les noms des stations des prolongements de la ligne orange prévoyait le nom Saint-Henri pour cette station.5 Il n’est pas certain comment on en est arrivé au nom définitif.
Faits divers
- Cette station a servi de terminus de la ligne orange pendant environ 16 mois, soit entre sa mise en service le 28 avril 1980 et celle du prolongement jusqu’à la station Snowdon le 7 septembre 1981.
- À l’origine, cette station était dotée de deux bouches de métro à ciel ouvert, l’une de seulement trois à en posséder avec Bonaventure et Square-Victoria–OACI. Alors que les bouches de métro à ciel ouvert sont fréquentes dans les autres métros du monde, à Montréal on les a presque entièrement évitées à cause du climat. Place-Saint-Henri était également la seule station à en avoir à l’extérieur du centre-ville et la seule à en avoir plus d’une; de plus, il s’agissait de loin des plus imposantes entrées à ciel ouvert du réseau.
- Les deux entrées à ciel ouvert étaient situées là où se trouvent désormais les deux édicules de l’est de la station, soit du côté nord de la rue Saint-Jacques, près de l’école secondaire et la piscine, et dans la place Saint-Henri elle-même, en face de la caserne de pompiers. À différence des simples trémies d’escalier dans le trottoir, telles que l’on voit dans d’autres villes, ces deux entrées prenaient la forme d’imposants bassins de béton, hexagonal dans la place Saint-Henri et de forme irrégulière sur la rue Saint-Jacques, dont les escaliers occupaient seulement une partie de la superficie. Les deux entrées étaient reliées à un passage souterrain sous la rue Saint-Jacques, d’où des portes entraient au hall de la station.
- Les entrées à ciel ouvert sont fermées en novembre 2020 en anticipation du chantier pour l’implantation d’ascenseurs, qui allait être accompagné par le remplacement des entrées par les édicules que l’on connaît aujourd’hui. Un jardin à l’est de l’édicule Saint-Jacques et une section foncée du pavage à l’ouest de l’édicule Place Saint-Henri commémorent les deux anciennes entrées en traçant leur contour.
- Le choix inusité d’implanter des bouches de métro à ciel ouvert s’explique par un plan de requalification complète de la place Saint-Henri, conçu par les architectes de la station pour accompagner la construction de celle-ci. On prévoyait de piétonniser la place et implanter une longue galerie souterraine, abritant des commerces, s’étendant jusqu’au sud de la rue Notre-Dame et offrant des connexions en ville souterraine à de nouveaux bâtiments avoisinants. Le point de mire de ce projet était une sorte d’amphithéâtre surbaissé reliant la place et l’espace souterrain, où les gens pourraient se détendre sur les gradins et où on pourrait même organiser des spectacles. La galerie devait déboucher sur non moins de cinq sorties : les deux finalement construites, l’amphithéâtre, et des accès au nord et au sud de la rue Notre-Dame, intégrés à des édifices.3
- L’autrice Gabrielle Roy, dont le livre Bonheur d’occasion est commémoré par la murale dans la salle de contrôle, a accordé à l’artiste sa permission de ce faire.9 Elle a aussi marqué l’inauguration de la station par le biais d’un message de félicitation.10
Des scènes du chantier de la station
(Source11)
L’édicule Saint-Ferdinand en construction
(Source11)
Les entrées à ciel ouvert de la station avant 2020 :
Vue aérienne de la station avec ses entrées à ciel ouvert : l’entrée de forme irrégulière au nord de la rue Saint-Jacques (centre) et l’entrée hexagonale dans la place Saint-Henri (en bas à droite)
(Source12)
L’entrée à ciel ouvert de la rue Saint-Jacques, en regardant de son palier supérieur vers le niveau de la rue
La galerie souterraine sous la rue Saint-Jacques entre les deux entrées à ciel ouvert. L’entrée de la place Saint-Henri est à gauche, celle de la rue Saint-Jacques à droite. L’entrée au hall de la station est au centre droit.
- Des scènes du film Jésus de Montréal (1989) de Denys Arcand furent tournées dans cette station, dont la scène culminante où Daniel prêche aux passagers avant de s’écrouler.
Lothaire Bluteau, Catherine Wilkening et Johanne-Marie Tremblay dans Jésus de Montréal (1989)
(Source13)
Adresses des accès
Arrondissement du Sud-Ouest
|
A Accès Saint-Ferdinand : 555, rue Saint-Ferdinand, angle rue Saint-Jacques |
Dernière mise à jour : 2026-08-23
Références
- Auclair, Élie-J. (1942). Saint-Henri-des-Tanneries de Montréal. Montréal : De La Salle. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 0005012586. ↩
- Arrondissement du Sud-Ouest. (2017, 17 octobre). « La place Saint-Henri. » Mémoires des Montréalais. Montréal : Ville de Montréal. ↩
- Clairoux, Benoît. (2001). Le métro de Montréal : 35 ans déjà. Montréal : Hurtubise HMH. P. 110. ↩
- Hébert & Lalonde. Station de métro Saint-Henri: études préliminaires (document de présentation au Bureau de transport métropolitain). 9 novembre 1973. Archives de la Ville de Montréal, dossier CA M001 XCD001-D19, cote 1D-06-01-21F. ↩ ↩
- Comité exécutif de la Ville de Montréal (16 mars 1976). Résolution no. 80991. Archives de la Ville de Montréal, CA M001 VM166-1-1-D5310. ↩
- J.E. Livernois Ltée., M. J.H.A. Roux, supt. du Séminaire de Montréal. Vers 1830. Gravure. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P560,S2,D1,P1153. ↩
- Conrad Poirier. Feature. Place St. Henri. 1945 (29 août). Photographie. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P48, S1, P11914. ↩
- Source de l’image : Schedel, Hartmann. (1493). Liber Chronicarum (La Chronique de Nuremberg). Nuremberg : Anton Koberger. Source : Wikimedia Commons. ↩
- Société de transport de Montréal. (s.d.) Place-Saint-Henri (Julien Hébert). STM. ↩
- Chénier, André. (1980, 29 avril). 500 personnes accueillent «leur» métro à Place Saint-Henri. La Presse, p. A4. ↩ ↩
- © Archives de la STM. ↩ ↩ ↩ ↩
- Photographie aérienne de la Ville de Montréal HM03035-230 (2003). Voir Géomatique Montréal, Photothèque de la Ville de Montréal. ↩
- Images © 1989 Christal Films ↩
Vendôme






































































