SQUARE-VICTORIA–OACI
Architecte
Irving Sager (Ville de Montréal)
Mise en service
6 février 1967
Art et architecture
Le Style international, un courant architectural à la mode au moment de la conception du réseau initial, préconise les lignes claires et géométriques, les surfaces et espaces épurés et les parements uniformes. Ce style moderniste a influencé plusieurs éléments omniprésents dans le réseau du métro, tels que les luminaires, les bandeaux de nom des stations et les enseignes directionnelles. Or, c’est à cette station où ce courant atteint sa plus pleine expression. Les étendues dépouillées des murs au niveau des quais, des couloirs et des accès sont exemplaires de ce style.
Plusieurs revêtements muraux simples sont utilisés. Dans le volume central des quais et de la mezzanine, on a utilisé des briques glacées de tons sobres de beige et de marron pourpre. Or, la plupart des autres surfaces dans la station, dont les parties des quais construites en tunnel et les corridors, sont revêtues d’une mosaïque de couleur dorée qui rappelle la présence du district financier historique de Montréal, ainsi que de la Tour de la Bourse.
La station est centrée sur une vaste salle de contrôle, occupant une large et longue mezzanine dont les espaces dégagés permettent d’accommoder l’affluence quotidienne des travailleurs des bureaux riverains et de les diriger vers les quatre imposants escaliers vers les quais. Depuis la salle de contrôle, deux tunnels très longs s’étendent au nord et au sud, débouchant sur des entrées distribuées sur quatre coins de rue (environ 300 mètres) entre les rues Belmont et Saint-Jacques.
Pour atteindre la sortie Belmont, le tunnel nord parcourt près de 150 m en distance et 15 m de dénivellation, gravissant la côte du Beaver Hall à l’aide de deux vertigineuses volées d’escaliers mécaniques. La sortie Belmont offre également une connexion de la ville souterraine vers l’édifice du 1080, côte du Beaver Hall, dans lequel il a été construit.
Le tunnel sud accueille des passagers à deux endroits. D’abord, un escalier mécanique donne accès à la sortie Saint-Antoine (voir plus bas). Le palier entre la tête de l’escalier mécanique et le pied de l’escalier fixe vers cette sortie donne également accès à la Maison de l’OACI ainsi qu’à l’édifice Jacques-Parizeau.
Enfin, l’escalier vers la sortie Viger, qui assure également l’accès intérieur aux tours 600 et 700 De La Gauchetière, débouche près de la mezzanine dans le centre de la station. En face de cet escalier, le lien le plus récent de la ville souterraine rejoint la Tour Air Canada grâce à un ascenseur.
La mezzanine et les quais sont embellis d’une œuvre d’art discrète mais impressionnante, une paire de murales en acier Cor-Ten, peintes en brun. La plus grande des deux murales se trouve sur le tympan ouest du grand volume, au-dessus de la voûte de la nef, tandis que l’autre est sur le tympan est de ce volume, face à la mezzanine dont elle n’est séparée que par un petit espace. Cette œuvre de Robert Savoie, intitulée Kawari Kabuto (terme japonais signifiant un style de casque de samouraï richement ornementé), arbore des courbes sinueuses et harmonieuses en haut-relief.
L’autre œuvre d’art de l’intérieur de la station est une murale hautement colorée, signée Jean-Paul Mousseau. Les modifications portées à la station au fil du temps ont fait déplacer cette œuvre à plusieurs reprises. À présent, elle est située dans l’entrée Belmont, à la tête de l’escalier mécanique, où ses flèches orange vif servent de repère directionnel.
Mais l’orgueil de la station, et l’un des plus beaux fleurons de la collection d’art du métro de Montréal, est le merveilleux entourage du métro de Paris qui coiffe la sortie Saint-Antoine dans le square Victoria. Cet exemple de l’œuvre célèbre du style Art nouveau de l’architecte français Hector Guimard fut offert aux Montréalais par la ville de Paris en 1967, pour commémorer la collaboration entre le génie français et canadien qui a servi à réaliser le métro.
Image emblématique de Paris, les entourages de métro en fonte d’Hector Guimard sont de renommée mondiale. Avec leurs formes sinueuses végétales, ils sont justement célèbres comme exemples du style Art nouveau de la Belle Époque. Quelques exemples sont préservés dans des musées tels que le Museum of Modern Art à New York. Bien que le métro de Paris ait depuis offert des reproductions d’entrées Guimard à plusieurs villes du monde, l’œuvre montréalaise demeure la seule entrée Guimard authentique au monde sur une station de métro hors Paris.
Restauré à sa splendeur d’origine en septembre 2003 dans le cadre du projet de réaménagement du Quartier international, le Guimard montréalais est un véritable joyau du métro qui vaut le déplacement à lui seul.
Accessibilité
Cette station n’est pas accessible en fauteuil roulant. Aucun projet de mise en accessibilité n’a été annoncé.
Grâce au lien de la ville souterraine, la Tour Air Canada offre un accès public en ascenseur vers le niveau de la billetterie.
Historique et faits divers
Achalandage
3 985 437 départs en 2023
20e station en achalandage
Profondeur des quais
16,2 mètres
32e station en profondeur
Longueur d’interstations
Vers Bonaventure : 392,60 mètres
Vers Place-d’Armes : 356,60 mètres
Origine du nom
Square Victoria. Anciennement connu sous le nom de place du Marché-à-Foin (Haymarket Square) et place des Commissaires, ce square fut rebaptisé en hommage à la reine Victoria (1819-1901), reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande 1837-1901 et impératrice des Indes 1876-1901, à l’occasion d’une visite du prince de Galles (le futur roi Édouard VII) à Montréal en 1860.
Le square fut réaménagé dans le cadre du projet de développement du Quartier international de Montréal. Ce projet comprenait la reconfiguration du square pour retrouver ses tracés routiers d’origine, la plantation d’arbres dans chaque section du parc, l’installation de fontaines, d’éclairage et de mobilier urbain, la restauration des sorties Saint-Antoine et Saint-Jacques de la station de métro, et la remise en valeur et le déplacement de la statue de la reine Victoria.
Maison de l’OACI. L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) est un organisme des Nations Unies qui coordonne les normes, les règles et les pratiques entourant l’aviation civile à travers le monde. Fondée en 1944, elle a son siège social à Montréal depuis 1946 et occupe son actuel édifice depuis sa construction en 1996. Le nom de la station a été changé en 2014 pour souligner le 70e anniversaire de l’organisation.
Anciennement : Square-Victoria (changement de nom entériné le 2 avril 2014 et effectué le 14 novembre 2014). Le panneau de nom spécialement créé pour l’entrée Guimard arbore toujours le nom « Square-Victoria ».
Anciens noms alternatifs : Victoria; Place-Victoria. (Certaines correspondances portaient autrefois le nom « Place-Victoria ». Beaucoup plus tard, ce nom fut affiché au-dessus de la porte de l’édicule Saint-Jacques pendant quelques années jusqu’en au moins 2009,1 alors qu’il n’était plus utilisé nulle part depuis longtemps.)
Le premier plan du métro publié suite à l’inauguration du réseau initial en 1966, qui attribue à cette station le nom Victoria
(Source2)
Faits divers
- Bien que cette station fasse partie du réseau initial du métro, elle fut rajoutée tardivement aux plans. La ligne orange devait à l’origine se terminer à la station Place-d’Armes,3 mais le projet a été prolongé de deux stations en cours de route pour terminer à Bonaventure. C’est pour cette raison que cette station ne fut inaugurée que quatre mois après l’ouverture de la majorité du réseau initial, mais juste avant la station Bonaventure, de sorte qu’elle a servi de terminus ouest de la ligne orange pendant une semaine!
- Des carreaux pour cette station ont été importés d’Italie.4
- Il a fallu attendre plusieurs mois après l’ouverture de la station avant que le long passage vers la sortie Belmont ne fût mis en service, le 11 décembre 1967. À l’origine il servait principalement à offrir un lien intérieur avec la Chambre de commerce de Montréal, alors occupante de l’immeuble situé au 1080, côte du Beaver Hall.5
Vue aérienne de la construction à ciel ouvert de l’accès Saint-Jacques et de son lien intérieur vers la Tour de la Bourse en août 1965.
(Source6)
Modifications à la station durant la construction des tours du complexe 600 et 700 De La Gauchetière en 1983, ce qui comprenait l’ajout de la sortie Viger et des liens de la ville souterraine vers les nouvelles tours
(Source7)
L’édicule Saint-Jacques avant sa reconstruction en 2004
(Source8)
- Le programme artistique d’œuvres sur des sujets historiques proposé par le premier directeur artistique du métro, Robert LaPalme, et jamais complété, prévoyait que cette station accueillerait une œuvre d’Yves Trudeau, une sculpture accrochée au plafond de la rotonde de l’accès Saint-Jacques, représentant de façon abstraite la monnaie de carte à jouer utilisée en Nouvelle-France. Jordi Bonet devait également concevoir un grand relief en céramique représentant l’histoire du commerce à Montréal. Celle-ci devait occuper le mur tympan du grand volume, là où se trouve aujourd’hui la murale Kawari Kabuto de Robert Savoie.9 Une autre source évoque aussi une « mosaïque sur la première exhibition universelle de Montréal, en 1851 »10 [sic], probablement voulant dire plutôt la première Exposition universelle, qui a eu lieu en 1851 à Londres.
Maquette d’une sculpture d’Yves Trudeau, planifiée pour le plafond de la rotonde sous l’entrée Saint-Jacques
(Source11)
Esquisse du projet de relief conçu par Jordi Bonet
(Source12)
L’entrée Guimard telle qu’elle apparaissait avant sa rénovation en 2003. La trémie d’escalier étant à l’origine plus large que les bouches de métro parisiennes, on ne pouvait y intégrer l’enseigne emblématique « Métropolitain », et le porte-enseigne à l’arrière est aussi absent.
(Source7)
La murale de Jean-Paul Mousseau dans son emplacement d’origine dans le tunnel sud, en face du pied des escaliers vers la sortie Saint-Antoine.
(Source8)
- La rotonde de l’accès Saint-Jacques accueillait autrefois une installation interactive sous le titre Ars Natura, créée par la Société des arts technologiques. Aménagée en mars 2004, elle consistait d’un écran suspendu circulaire sur lequel étaient projetées des présentations vidéo à propos des muséums des sciences naturelles de Montréal : le Biodôme, l’Insectarium, le Jardin botanique et l’ancien Planétarium situé au centre-ville. Grâce à un système de contrôle gestuel, les spectateurs pouvaient contrôler ces présentations visuelles et auditives, qui comportaient également des vidéos en direct à partir de caméras situées dans les habitats du Biodôme. Ce système fut retiré vers 2008.13, 14
L’installation interactive Ars Natura, dans la rotonde Saint-Jacques, présentant des images du Biodôme
- Des scènes du film Le Salut (Levity) (2003) d’Ed Solomon furent tournées dans cette station.
Billy Bob Thornton dans Le Salut (2003)
(Source15)
- Une scène du film X-Men : Jours d’un avenir passé (X-Men: Days of Future Past) (2014) de Bryan Singer fut tournée dans cette station. Fait ironique : alors que la station représentait la station Victor Hugo du métro de Paris, on a tourné la scène dans l’accès Saint-Antoine, juste en dessous de l’entourage de métro parisien d’Hector Guimard, mais sans se servir de l’entourage lui-même.
Michael Fassbender dans X-Men : Jours d’un avenir passé (2014)
(Source16)
Texte de la plaque commémorative située dans la mezzanine :
Square-Victoria–OACI
L’Organisation de l’aviation civile internationale est une institution spécialisée des Nations Unies, créée le 7 décembre 1944 et établie à Montréal depuis 1946. Ses bureaux sont attenants à cette station.
De concert avec près de 200 États et les organisations mondiales du secteur aéronautique, l’OACI établit des normes et pratiques recommandées qui permettent au réseau de transport aérien d’exploiter des centaines de milliers de vols par jour, en toute sécurité et avec efficacité partout dans le monde.
C’est en grande partie en raison de la présence de l’OACI que Montréal est devenue une plaque tournante de l’aviation civile, un statut important et complémentaire à une industrie aéronautique très développée.
En guise de reconnaissance envers l’OACI et afin de commémorer le 70e anniversaire de sa création, les membres du conseil d’administration de la Société de transport de Montréal ont entériné, le 2 avril 2014, le changement du nom de la station Square-Victoria pour celui de Square-Victoria–OACI.
M. Raymond Benjamin
Secrétaire général de l’OACI
L’honorable Denis Coderre
Maire de Montréal
M. Philippe Schnobb
Président du conseil d’administration de la STM
Texte de la plaque commémorative située dans l’entrée Saint-Antoine (fournie par la RATP et identique aux plaques d’interprétation culturelle affichées dans le métro de Paris) :
Paris-Montreal, histoire(s) de métro
Bouche de métro Guimard
1967-2003
Hector Guimard a créé en 1900, à la demande de la compagnie du Chemin de Fer Métropolitain Parisien, les célèbres « bouches » de Métro de style Art Nouveau qui portent aujourd’hui son nom. Elles occupent une place importante dans le patrimoine de la ville de Paris et de la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP).
Dotées d’une force évocatrice sortant de l’ordinaire, elles témoignent d’un élan créatif novateur qui dépasse le cadre du paysage parisien.
Ce symbole de modernité et d’engagement forme le sens du don que la RATP est particulièrement heureuse de faire à la Société de transport de Montréal dans le cadre d’un programme d’échange culturel.
Installés en 1967 à la station Square-Victoria, les éléments Guimard ont été complétés et les Montréalais retrouvent une œuvre authentique en 2003.
Adresses des accès
Arrondissement de Ville-Marie
|
A Accès Saint-Antoine : 601, rue Saint-Antoine Ouest, angle rue du Square-Victoria (dans le square Victoria) |
Ville souterraine
Attractions avoisinantes |
Lien vers le site officiel
Renseignements pratiques, heures d’ouverture, fréquence des passages, lignes d’autobus
Dernière mise à jour : 2026-08-23
Références
- Voir Google Street View, avril 2009. ↩
- Source de l’image : Commission de transport de Montréal. (1966.) Prenons le métro! : renseignements et carte du réseau métro-autobus / Let’s take the Métro!: information and map of the Métro-Autobus network. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 0006813069. ↩
- Massé, Richard, Gendron, Claude, Tremblay, Albert. (1961, 21 octobre). C’est officiel !: métro de 21 milles en 1966. La Presse. P. 1. ↩
- Info-STM. (2012, 19 septembre.) Une tuile à la fois, la suite. 24 Heures. P. 13. ↩
- Commission de transport de Montréal. (1968). Rapport annuel/Annual Report 1966-67. Montréal : auteur. P. 14. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, VM94-MD21-007. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. ↩
- © Archives de la STM. ↩ ↩
- Source de l’image : Bureau de transport métropolitain. (1983). ‘Square-Victoria’ [dépliant]. ↩ ↩
- Gagnon, Lysiane. (1967, 25 mars.) On va décorer notre métro. La Presse, supplément 1, pp. 4-9. Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec. ↩
- Une fois décoré, le métro sera un livre d'images sur Montréal. (1968, 25 février). Le Petit Journal, p. 7. Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec. ↩
- Source de l’image : de Roussan, Jacques. (1989). Yves Trudeau : Espace et matière. Éditions Marcel Broquet, La Prairie, QC. p. 48. Photo par Antoine Desilets. ↩
- Source de l’image : Gagnon (1967), op. cit. ↩
- Société des arts technologiques. Territoires ouverts : Le cyclorama interactif. (archive.org) ↩
- Bernier-Genest, Carle. (2014, 29 août.) Ville souterraine. C’est toi ma ville. ↩
- Images © 2003 StudioCanal/Columbia TriStar Home Entertainment Inc. ↩
- Image © 2014 Twentieth Century Fox Film Corporation. ↩
SQUARE-VICTORIA–OACI
Bonaventure






























































