NAMUR
Architectes
Henri P. Labelle et Atef Mourad1 (Labelle Marchand Geoffroy, Architectes)
Artiste
Mise en service
9 janvier 1984
Art et architecture
L’architecture de cette station est spacieuse, mais austère au niveau des quais et de l’édicule. La plupart des surfaces sont parées de brique brune et de carreaux de terre cuite. Comme à plusieurs stations de son époque, la nef creusée en tunnel se projette d’un volume profond construit en tranchée à l’extrémité nord des quais. Les quais présentent peu de particularités architecturales, hormis les projections des murs qui forment des niches insolites autour de chaque banc.
Chez l’édicule unique, peu ornementée, on note une arche rectangulaire au-dessus de l’une des entrées, dont l’un des coins supérieurs est arrondi. Cette forme est partagée par le plafond du grand volume et par le mur tympan au-dessus de la voûte des quais. Malheureusement, l’édicule a subi en 2015 une modification peu réussie, l’addition d’un deuxième étage abritant des locaux techniques, paré de métal verdâtre, dont la volumétrie crée un effet déséquilibré et lourd.
L’intérieur de l’édicule présente un plafond à caissons carrés, la bouche d’un puits de lumière dans le coin nord-est, et une fenestration inclinée au-dessus des escaliers. Sous l’édicule, un palier interrompt le parcours des escaliers vers la billetterie.
Somme toute, la station serait plutôt quelconque… n’eût été la gigantesque sculpture spatiale suspendue dans le grand volume au-dessus de la billetterie.
Cette resplendissante structure, créée par le sculpteur Pierre Granche et portant le titre Système, est l’une des œuvres d’art les plus imposantes du réseau. Tel un immense nuage illuminé, elle remplit le volume entier et s’étend à l’horizontale dans tous les sens, éclairant l’espace entier grâce aux tubes fluorescents fixés à ses membres.
L’énorme molécule est suspendue de l’impressionnante voûte à caissons, accroché aux murs et appuyé partiellement sur les toits de la loge du préposé et du local commercial. Des points de vue à partir des escaliers et du palier le long du trajet de l’édicule jusqu’à la salle de contrôle offrent des vues imprenables du volume et de la sculpture. Ses formes—plus précisément, des dodécaèdres rhombiques tétratronqués—sont répétées dans les motifs carrelés au sol.
Aucune visite du métro ne serait complète sans que l’on prenne le temps de contempler cette œuvre inoubliable.
Accessibilité
Cette station n’est présentement pas accessible en fauteuil roulant. Le programme d’immobilisations 2020-2029 de la STM a ciblé cette station pour l’installation d’ascenseurs avant 2027. Toutefois, elle ne figure plus sur la liste du plan 2023-2032, la construction de nouveaux ascenseurs est interrompue à cause de compressions budgétaires imposées par le gouvernement provincial,2 et aucun chantier n’a encore été annoncé.
Historique et faits divers
Achalandage
2 368 425 départs en 2023
46e station en achalandage
Profondeur des quais
24,1 mètres
7e station en profondeur
Longueur d’interstations
Vers De la Savane : 786,70 mètres
Vers Plamondon : 988,47 mètres
Origine du nom
Rue de Namur. Namur est une ville de Belgique sise à la confluence de la Sambre et de la Meuse. Chef-lieu de la province du même nom et de la Région wallonne, il est jumelé avec Québec.
Au fil des années, cet odonyme a désigné différentes rues du secteur. D’abord, la rue de la Savane a été renommée en l’honneur de Namur en novembre 1914 durant la Première Guerre mondiale,3 pour commémorer le siège de Namur en août de la même année.4 Par la suite, le nom s’est prolongé pour englober une partie de l’actuelle rue Jean-Talon;5 puis il en est venu à désigner le tronçon ouest entier de cette rue après que la rue de la Savane reprenne son nom en 1947.6 Ultimement, ce tronçon fut raccordé à la partie existante de la rue Jean-Talon et renommé en conséquence, apparemment en 1961.7 Par ailleurs, une station de tramway a pris le nom Namur en 1921, de même qu’un garage d’autobus de la CTM en 1954.8
Or, lorsque la station fut planifiée à l’angle de la rue Jean-Talon et du boulevard Décarie, aucun de ces deux noms de rue ne convenait : il y avait déjà une station Jean-Talon, et il y avait plusieurs stations le long du boulevard Décarie. On a contemplé plusieurs noms avant de revenir sur l’ancien nom de la rue Jean-Talon Ouest, qui désignait toujours le garage d’autobus. Pour asseoir le nom de la station Namur de façon définitive, la rue Arnoldi fut renommée rue de Namur en 1980.9
En juin 2007, une délégation de la ville de Namur, de passage au Québec pour une conférence de capitales régionales tenue à Victoriaville, a rendu visite à la station et a présenté à la STM une plaque rappelant l’origine de ce nom. Celle-ci est installée dans l’édicule. Puis en 2017, une nouvelle délégation belge est venue assister à l’inauguration de panneaux informationnels au niveau des quais décrivant la ville et la province de Namur, ses liens avec le Québec et même les autres Namur du monde (en Outaouais et dans l’État du Wisconsin).
Noms proposés durant la phase de planification : Victoria,10 Jean-Talon Ouest, Paré, Savane, Arnoldi,11 Blue Bonnets.12
La ville de Namur en Belgique, la Sambre et la cathédrale Saint-Aubin (droite)
(Source13)
La délégation de la ville de Namur lors du dévoilement des panneaux informationnels aux quais de la station en 2017
Faits divers
- L’emplacement de cette station a fait l’objet d’une âpre controverse. Initialement, en 1968, on la situait à l’angle des rues Jean-Talon et Victoria, en ligne droite avec les stations Plamondon et Côte-Sainte-Catherine. Une autre proposition en 1971 la mettait sous l’avenue Mountain Sights entre la rue Arnoldi (aujourd’hui rue de Namur) et la rue Jean-Talon; cette proposition prévoyait également une passerelle au niveau du sol longeant les voies ferrées du Canadien Pacifique sur 250 mètres, pour rejoindre l’ouest de l’autoroute Décarie. Des positions sur la rue Jean-Talon à mi-chemin entre Mountain Sights et Victoria, ou même à l’ouest de l’autoroute Décarie, ont également été considérées.11
- En 1975, la station a trouvé sa localisation définitive sous le boulevard Décarie afin de desservir un important projet commercial et résidentiel prévu pour le site de l’hippodrome Blue Bonnets et les alentours. Cette décision a déclenché de vives disputes, avec des accusations de collusion entre la CUM et le promoteur, Campeau Corporation. La controverse a entraîné quelques années de retard avant le début de la construction.14 Alors que plusieurs autres projets immobiliers ont depuis été complétés aux alentours, celui du site Blue Bonnets lui-même n’a finalement jamais vu le jour : l’hippodrome a fermé ses portes en 2009 et le site demeure à l’abandon.
Plan d’ensemble présentant les différents emplacements considérés pour la station Namur (B1 à B5)
(Source15)
Croquis de la station dans son emplacement initial à l’angle des rues Jean-Talon et Victoria
(Source16)
Croquis de la station dans son emplacement contemplé sous l’avenue Mountain Sights
(Source17)
Croquis de la station dans son emplacement contemplé à mi-chemin entre l’avenue Mountain Sights et la rue Victoria
(Source18)
- La station a été conçue de sorte à pouvoir accommoder quatre accès additionnels à compléter après son ouverture, afin de desservir des projets immobiliers résidentiels et commerciaux projetés dans le secteur.1 Deux de ces accès devaient s’ajouter au bloc d’accès existant à l’extrémité nord de la station : un édicule du côté sud de la rue Jean-Talon face à l’édicule actuel, qui aurait rejoint la station au niveau du palier, et un autre édicule à l’ouest de l’autoroute Décarie, qui aurait rejoint le côté ouest de la billetterie, pour desservir les projets immobiliers prévus sur le site de l’Hippodrome.
- Deux autres accès devaient rabattre sur une nouvelle billetterie à l’extrémité sud de la station; ceux-ci étaient prévus de part et d’autre de l’autoroute Décarie à la hauteur de la rue de Namur. À cette fin, une grande voûte a été excavée pour recevoir cette éventuelle deuxième salle de contrôle. Cette voûte est visible à l’extrémité sud des quais.
- À cause de la distance entre le bloc d’accès nord et celui prévu au sud, les quais de cette station dépassent légèrement la longueur standard des quais, soit 152,4 mètres. Ainsi, puisque les trains dans les deux sens s’alignent avec la tête du quai, les trains s’arrêtent en position décalée (voir le plan des quais plus bas). Cette situation est compensée par la présence d’une barrière à l’extrémité nord du quai Montmorency.
Esquisse architecturale de l’édicule. Du côté nord, on prévoyait un muret et un mât arborant un logo du métro.
(Source1)
Esquisse architecturale de la salle de contrôle. On remarque les murets semi-circulaires concaves reliant les colonnes (gauche) ainsi que la bouche d’un tunnel vers l’accès projeté du côté ouest de l’autoroute Décarie.
(Source1)
Plan des édicules prévus à l’origine
(Source1)
Excavation à l’extrémité sud de la station permettant la construction ultérieure d’un deuxième accès
- La sculpture spatiale de Pierre Granche devait à l’origine se poursuivre le long de la cage d’escalier jusqu’à la surface.1
Maquette architecturale de la station, démontrant que la sculpture Système de Pierre Granche devait à l’origine se rendre jusqu’au niveau du sol
(Source19)
Le maire Jean Drapeau, accompagné par le premier ministre René Lévesque, coupe un ruban pour inaugurer la station, le 9 janvier 1984.
(Source19)
Des jockeys de l’hippodrome Blue Bonnets tiennent une bannière dans la billetterie de la station pour en marquer l’inauguration, le 9 janvier 1984
(Source19)
- Des scènes du film Les Dangereux (2002) de Louis Saia furent tournées dans cette station, qui représentait une station fictive dans le Vieux-Port.
Stéphane Rousseau dans Les Dangereux (2002)
(Source20)
Texte de la plaque commémorative située dans l’édicule :
Namur, capitale de la Région wallonne
Ville de Namur
La ville de Namur, capitale de la Wallonie en Belgique, salue la clientèle de la station Namur du métro de Montréal.
24 juin 2007
Adresse de l’accès
Arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce
7405, boulevard Décarie, angle rue Jean-Talon
Attractions avoisinantes |
Dernière mise à jour : 2026-09-18
Références
- Labelle Marchand Geoffroy, architectes. Station Namur (document de présentation au Bureau de transport métropolitain). 12 juillet 1979. Archives de la Ville de Montréal, dossier CA M001 XCD001-D19, cote 1D-06-01-27F. ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩
- Ouellette-Vézina, Henri. (2025, 16 avril). Faute de financement: L’installation d’ascenseurs encore à l’arrêt dans le métro. La Presse. ↩
- Fiche descriptive : Rue de la Savane. Commission de toponymie du Québec. ↩
- Fiche descriptive : Rue de Namur. Commission de toponymie du Québec. ↩
- Courval, E.P.J. (1931). Plan de la Cité de Montréal et de ses environs [carte]. Montréal : Ville de Montréal. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, G/3454/M65/1931b/C68 CAR. ↩
- Underwriters’ Survey Bureau. (1954/1955, avril). Insurance plan of the city of Montreal. Vol. VII. Toronto : auteur. Plan 700-2. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 555481 CON. ↩
- Underwriters’ Survey Bureau. (1954/1961, novembre). Insurance plan of the city of Montreal. Vol. VII. Toronto : auteur. Plan 799-10. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 555481 CON. Plus tôt la même année, la rue de Namur apparaît toujours : Service des travaux publics. (1961, juin). Plan d’utilisation du sol, 1:2400. Planche 225-31. Montréal : Cité de Montréal. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, G/3454/M65G4/s2,4/M65 CAR. ↩
- Ville de Montréal; STM; Namur Capitale. (2017). Namur, Montréal [affiche informationnelle présentée sur les quais de la station Namur]. ↩
- Senosier Roberge, Véronique (réalisatrice). (2019, 14 octobre). « Station Namur » [épisode d'émission télévisuelle]. Le métro voyage dans le temps. MAtv Montréal. ↩
- Descôteaux, Bernard. (1977, 29 juillet.) Québec lève son moratoire sur le métro. Le Devoir, p. 1. ↩
- Communauté urbaine de Montréal. (1977, 27 mai). La station Namur. Archives de la Ville de Montréal, CA M001 VM166-1-1-D5319, pp. 21-38. ↩ ↩
- Duhamel, Alain. (1977, 9 août.) Une preuve de ‘collusion’ entre la CUM et Campeau. Le Devoir, p. 3. ↩
- Jean-Pol Grandmont, Wikimedia Commons. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons Attribution 3.0 non transposé. ↩
- Voir Archives de la Ville de Montréal, CA M001 VM166-1-1-D5319, pour un recueil de presse à propos de la station Namur et de nombreux articles de journal à propos de la controverse, 1975-1977. ↩
- Source de l’image : Communauté urbaine de Montréal (1977), p. 30. ↩
- Source de l’image : Communauté urbaine de Montréal (1977), p. 22. ↩
- Source de l’image : Communauté urbaine de Montréal (1977), p. 26. ↩
- Source de l’image : Communauté urbaine de Montréal (1977), p. 31. ↩
- © Archives de la STM. ↩ ↩ ↩
- Images © 2003 Christal Films ↩















































