BEAUDRY
Art et architecture
En dépit d’au moins deux rénovations majeures depuis son ouverture, la station n’a pas l’air particulièrement mémorable, au moins à première vue depuis les quais. La nef, construite en tunnel, est parée de panneaux de carrelage couleur crème et gris foncé, une mise à jour légère du décor antérieur. Les sièges, de couleur bourgogne, sont installés dans des alcôves revêtues d’un carrelage gris foncé uni et coiffées de panneaux en acier inoxydable.
Sous la passerelle, les murs des quais arborent des motifs dynamiques en rouge et couleur crème, un clin d’œil aux finitions originelles de la station qui évoquaient le mouvement artistique Op Art. Les différentes rénovations des finitions murales ont été effectuées en 2018-19.
Bien que la station soit aménagée avec le transept ouvert typique des stations montréalaises, on accède à chaque quai via une paire d’escaliers occupant chacun un couloir étroit et fermé, au plafond voûté et au plan coudé à 90 degrés. Ces passages semblent plus typiques du métro de Londres ou Paris que de Montréal.
Le transept présente franchement sa structure—l’intersection de deux voûtes—en prenant la forme d’une voûte d’arêtes. La passerelle est suspendue par un système distinctif de tiges de suspension accrochées à la voûte.
Après avoir atteint le palier à l’intersection de la passerelle vers le quai Angrignon et des couloirs-escaliers vers le quai Honoré-Beaugrand, on arrive à l’élément emblématique de la station : ses deux tapis roulants, les seuls du réseau, 93 mètres de long et inclinés, qui franchissent la distance d’un coin de rue entre la salle de contrôle et les quais.
Le long de ces tapis roulants, on trouve deux escaliers étroits, de plus d’une centaine de marches chacun, disposés avec de courtes volées en alternance avec des paliers. Le tunnel qui accueille les tapis roulants et les escaliers est paré de carreaux rouge vif, et des projecteurs créent des effets d’éclairage intéressants sur la voûte.
Les tapis roulants débouchent sur une petite salle de contrôle, aménagée sur un palier rectangulaire formant un angle droit entre l’axe du tunnel vers les quais et celui de l’escalier vers le rez-de-chaussée. Un autre élément insolite : afin de maximiser l’espace, les tourniquets sont disposés de façon diagonale à travers la salle. Les murs sont ornés des mêmes motifs rouge et crème que la partie centrale des quais.
La modification la plus remarquable de la station depuis sa construction est le ravissant édicule postmoderne, construit en 1999. Les côtés nord, ouest et sud sont constitués d’un mur-rideau continu en forme de fer à cheval, entièrement vitré, dont les cadres étagés pénètrent la toiture. La construction en acier, en verre et en béton ressemble à celle des édicules modernisés des stations voisines Berri-UQAM, Papineau et Frontenac, mais elle se démarque par les mâts aux couleurs de l’arc-en-ciel au-dessus de l’entrée.
L’arc-en-ciel, symbole de la fierté lesbienne, gaie, bisexuelle, trans et queer, est utilisé ici en hommage au Village, le plus vaste quartier LGBTQ+ en Amérique du Nord, desservi par la station. L’édicule s’avère donc une déclaration politique unique en son genre surtout à l’époque de sa construction, en reconnaissant clairement sa présence dans la communauté LGBTQ+.
Historique et faits divers
Longueur d’interstations
Vers Berri-UQAM : 378,76 mètres
Vers Papineau : 495,00 mètres
Origine du nom
Rue Beaudry. Cet odonyme, déjà en usage lors de l’ouverture de la rue en 1843, rappelle Pierre Beaudry (1774-1848), propriétaire foncier et marchand de savon, potasse et chandelles, qui a aménagé cette voie le long de sa ferme de 90 arpents. Il a également donné une partie de son terrain pour la construction de l’église Saint-Pierre-Apôtre, située à proximité de la station.
Nom durant la phase de planification : Amherst1
La rue Beaudry sur un plan daté 1853
(Source2)
Faits divers
- L’arc-en-ciel sur la façade de l’édicule fait référence au drapeau arc-en-ciel, symbole par excellence de la fierté et la libération LGBTQ+. Créé à San Francisco en 1978 par l’artiste Gilbert Baker (1951-2017), le drapeau à six couleurs en arborait à l’origine huit, chacune ayant sa signification symbolique : rose vive (la sexualité), rouge (la vie), orange (la guérison), jaune (le soleil), vert (la nature), turquoise (l’art et la magie), bleu (la sérénité et l’harmonie) et violet (l’esprit). Gilbert Baker fut coprésident et invité d’honneur du défilé de la Fierté de Montréal en 2013.
- La station Beaudry est la quatrième plus profonde du réseau selon la mesure normalement employée, soit la dénivellation entre l’entrée de la station et le quai : selon cette méthode, sa profondeur est de 25,9 mètres, et la plus profonde est Charlevoix, à 29,6 mètres. Toutefois, Beaudry est la plus profonde si on mesure la profondeur verticale des quais sous la surface; ainsi, elle atteint environ 30 mètres. C’est parce que ses quais se trouvent sous le boulevard De Maisonneuve, à environ 125 mètres de l’édicule sur la rue Sainte-Catherine, où le sol est 4 mètres plus bas.
- À l’origine, une station était prévue à la hauteur de la rue Amherst (aujourd’hui rue Atateken). Or, on a finalement jugé cette station redondante à cause de sa proximité avec la station Berri-de Montigny (Berri-UQAM), et elle fut annulée, avec la possibilité d’y substituer un tunnel piéton entre la rue Amherst et Berri-de Montigny. Le 16 janvier 1963, le Comité de coordination du métro a décidé finalement de procéder avec la construction d’une station, tout en la déplaçant quelques coins de rue plus à l’est jusqu’à la rue Beaudry. L’architecte Adalbert Niklewicz a proposé de remplacer les quatre escaliers mécaniques prévus par des tapis roulants inclinés afin de réduire les coûts de construction : étant donné la profondeur considérable des voies à cet endroit, le tunnel incliné qui accueillerait les tapis roulants servirait également à faciliter le transport de matériels durant la construction. Malheureusement, les tapis roulants d’origine se sont avérés si coûteux et si difficiles d’entretien qu’ils n’ont été utilisés nulle part ailleurs dans le réseau. Entre autres, le Bureau du métro a annulé un plan pour en équiper le long tunnel piétonnier à la station Henri-Bourassa.3 Les tapis ont été complètement remplacés à partir de 2006.4
- À cause d’un retard dans l’installation des tapis roulants,3 cette station n’a pas été ouverte au même moment que les autres stations du réseau initial. Les trains la traversaient sans arrêter jusqu’au moment où elle fut prête pour son ouverture, deux mois environ après l’inauguration du métro.
- Le programme artistique d’œuvres sur des sujets historiques proposé par le premier directeur artistique du métro, Robert LaPalme, et jamais complété, prévoyait que cette station accueillerait une œuvre de Normand Hudon au sujet des « originaux et détraqués » de la ville.5, 6 Ce thème a aussi été considéré pour la station Atwater. 7
Esquisse conceptuelle de la station de métro Amherst, subséquemment annulée puis remplacée par la station Beaudry
(Source8)
Esquisse architecturale des quais et de la passerelle
(Source9)
Esquisse architecturale de la tête des tapis roulants
(Source10)
Construction de l’édicule originel
(Source11)
Construction du tunnel destiné à accueillir les tapis roulants
(Source12)
- En 1970, les autorités de la CTCUM ont considéré la possibilité de renommer la station pour souligner la présence de la Maison de Radio-Canada, alors en chantier. 13
- Au début des années 2000, le milieu d’affaires du Village ainsi que l’arrondissement de Ville-Marie promouvait l’idée de rebaptiser la station Beaudry-Village, afin de souligner la présence de cette importante destination montréalaise.14
- Avant la rénovation en 2018-2019, les escaliers de chaque côté des tapis roulants possédaient des paliers insolites au profil incliné plutôt que plat. Ceux-ci ont été remplacés par des paliers plats.
Décor de la station avant les rénovations de 2018-2019 :
Le carrelage crème et brun du plancher et la mosaïque brun, crème et rouge-orange des escaliers. À noter, les paliers inclinés entre les volées des escaliers et le plafond suspendu gris qui revêt la voûte.
Œuvres temporaires dans le cadre du festival Aires Libres :
2013 : Supernova, de Dominique Pétrin
- Des scènes du film C’t’à ton tour, Laura Cadieux (1998) de Denise Filiatrault furent tournées dans cette station, dont la scène mythique où Laura Cadieux est confrontée à sa terreur du tapis roulant.
Ginette Reno dans C’t’à ton tour, Laura Cadieux (1998)
(Source17)
- Micheline Lanctôt a également tourné ici des scènes d’au moins deux de ses films : L’homme à tout faire (1980) et Autrui (2015).
Jocelyn Bérubé et Danielle Schneider dans L’Homme à tout faire (1980)
(Source18)
Robin Aubert dans Autrui (2015)
(Source19)
Adresse de l’accès
Arrondissement de Ville-Marie
1255, rue Sainte-Catherine Est, angle rue Beaudry
Attractions avoisinantes
Dernière mise à jour : 2026-09-30
Références
- Clairoux, Benoît. (2001). Le métro de Montréal : 35 ans déjà. Montréal : Hurtubise HMH. P. 110. ↩
- Image adaptée de : Map of the city of Montreal with the latest improvements (1853). New York : Endicott & Co. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, G/3454/M65/1853/M36 CAR. ↩
- Info-STM. (2002, 4 juillet.) Les tapis roulants de la station Beaudry. Métro. P. 7. ↩ ↩
- STM. (2006, 23 janvier. Travaux de remplacement des tapis roulants à la station de métro Beaudry. [Communiqué de presse.] ↩
- Gagnon, Lysiane. (1967, 25 mars.) On va décorer notre métro. La Presse, supplément 1, pp. 4-9. Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec. ↩
- Une fois décoré, le métro sera un livre d'images sur Montréal. (1968, 25 février). Le Petit Journal, p. 7. Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec. ↩
- Normand Hudon fera deux murales au métro Atwater. (1968, 10 août.) Le Journal des Vedettes. P. 5. Archives de la Ville de Montréal, CA M001 VM166-1-1-D5258, p. 18. ↩
- Source de l’image : La Presse, 21 octobre 1961, p. 1. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 0000082812. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, VM94-M030-055. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, VM94-M030-052. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, VM94-M187-001. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. ↩
- Source : Archives de la Ville de Montréal, VM94-M187-005. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons BY-NC-SA 2.5 CA. ↩
- Special renaming hinted for Metro. (1970, 18 septembre.) The Montreal Star. Archives de la Ville de Montréal, CA M001 VM166-1-1-D5260, p. 24. ↩
- Corriveau, J. (2006, 7 février). De métro Beaudry à métro Beaudry-Village? Le Devoir, p. A5. ↩
- © Archives de la STM. ↩
- Photographie par René Picard, La Presse, 1er novembre 1984. Fonds La Presse. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P833,S5,D1984-0542, no. 11. ↩
- Images © 1998 Cinémaginaire. ↩
- Images © Les Films René Malo. ↩
- Images © Métropole Films Distribution. ↩
Berri-UQAM























































