DE L’ÉGLISE
Art et architecture
La construction de cette station fut troublée par des difficultés inattendues. Le 20 mars 1974, le chantier a souffert d’un effondrement majeur à cause de la faiblesse du roc autour de la station. Par la suite, le plan de la station a dû être modifié en catastrophe. Comme pour la station Charlevoix, construite dans une formation rocheuse semblable, on a adapté la construction en minimisant la largeur de la station.
Ainsi, plutôt que le profil typique des stations montréalaises avec des quais latéraux, on a aménagé la station sur deux niveaux superposés, dans un volume creusé en tunnel sur la moitié de la largeur prévue. En avant-gare, les voies divergent verticalement, de sorte que la voie vers Honoré-Beaugrand s’insère en haut du quai Angrignon alors que la voie vers Angrignon passe sous le quai Honoré-Beaugrand. Ainsi, les deux quais sont aménagés à gauche plutôt qu’à droite du train. Il s’agit en effet de la seule station aux quais superposés où les quais se trouvent à gauche du train dans les deux directions.
On a également rétréci les accès, qui sont de ce fait devenus plus complexes pour atteindre les deux niveaux séparés. Le résultat malheureux est un dédale rempli de divagations confuses.
Il y a deux accès, reliés aux quais par de longs tunnels qui incorporent les transepts. L’un des édicules se trouve à un coin de rue de distance des quais, à l’angle des rues de l’Église et Ross; il est relié au centre des quais par un tunnel de 85 mètres de long.
L’autre, situé à l’angle des rues Galt et Wellington, rejoint l’extrémité ouest des quais.
Chacun des deux transepts débouche sur une profonde cage d’escalier mécanique et une autre d’escalier fixe, menant au quai inférieur (direction Angrignon), ainsi qu’un escalier fixe beaucoup plus court qui donne accès au quai supérieur (direction Honoré-Beaugrand).
Un élément insolite donnant une perspective sur les entrailles du métro : sur le quai supérieur, sous le transept menant à la sortie de l’Église, une aire d’entretien est visible de l’autre côté de la voie, ouverte sur celle-ci et clôturée par un simple garde-corps.
Autre aspect unique à cette station : les escaliers fixes menant au quai inférieur occupent des cages d’escalier séparées de celles qui accueillent les escaliers mécaniques. Les escaliers fixes sont plutôt étroits, tortueux et confinés, ce qui présente un aspect un peu intimidant. Toutefois, l’aménagement de ces cages d’escalier crée quelques points de vue insolites et intéressants que l’on ne voit pas ailleurs dans le réseau. Entre autres, dans l’accès Wellington, les escaliers font face à des ouvertures donnant sur les voies, permettant de voir les rames qui entrent et sortent de la station à toute allure.
En surface, les édicules sont des structures brutalistes élégantes et audacieuses de béton brut et de verre. Chaque édicule est constitué d’une série de masses enchevêtrées de différentes dimensions composées d’arches rectangulaires en béton projetées d’un haut mur latéral. Le décalage dimensionnel et rotationnel entre chaque arche est comblé par des baies vitrées, créant ainsi des claires-voies qui ajourent le béton et démarquent les arêtes entre les surfaces horizontales et verticales.2 Dans chaque édicule, un mur de chacune des deux principales arches est déplacé vers l’extérieur pour protéger l’entrée principale.
L’intérieur de l’édicule Wellington présente un escalier dégagé offrant une perspective impressionnante sur la billetterie.
Le programme décoratif de la station constitue aussi un atout. Les murs de béton des billetteries, des transepts et des quais sont agrémentés de motifs horizontaux et circulaires en carrelage glacé brun, rouge et ocre.
De plus, des formes géométriques en bas-relief, créées par Claude Théberge et Antoine D. Lamarche (et semblables à celles conçues par les mêmes artistes à la station Verdun), rehaussent l’architecture tout en béton des niveaux supérieurs. On voit ces reliefs au rez-de-chaussée et dans les imposants plafonds en gradins inversés au-dessus des escaliers vers les transepts. En outre, ces formes sont complémentées par des motifs plus simples qui ornent les murs de béton ailleurs dans la station; ainsi, la distinction s’estompe entre l’œuvre d’art de la station et le reste de son programme décoratif, au profit d’une intégration encore plus complète de l’art et l’architecture.2
Mais ces espaces ne sont pas sans problèmes, par exemple les plafonds bas de certaines cages d’escalier, dont il a fallu rehausser les arêtes en sciant le béton pour assurer un dégagement suffisant. Certes, les architectes ont été confrontés à des défis considérables en vue des contraintes inattendues, mais le résultat demeure malheureux à plusieurs égards.
Historique et faits divers
Profondeur des quais
Quai Honoré-Beaugrand : 19,8 mètres
Quai Angrignon : 25,6 mètres
5e station en profondeur
Longueur d’interstations
Vers Verdun : 563,86 mètres
Vers LaSalle : 812,30 mètres
Origine du nom
Rue de l’Église. Cette voie est l’une des plus anciennes du secteur. Elle fit son apparition (sans nom) sur une carte de 1834, où elle constituait le seul lien entre la côte Saint-Paul (aujourd’hui rue Saint-Patrick) et le chemin de la Rivière-Saint-Pierre (boulevard LaSalle). Elle a plus tard été connue sous les vocables de chemin de la Côte-Saint-Paul, chemin Saint-Pierre et Pavillion Road. Aujourd’hui, le tronçon à Verdun est officiellement dénommé rue de l’Église tandis que la section à Côte-Saint-Paul est l’avenue de l’Église.
On présumerait naturellement que l’église à laquelle fait référence le nom de la station est l’imposante église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, au-dessus de la station au cœur de Verdun. Or, le nom Church Avenue était déjà utilisé à Verdun en 1897 dans des entrées de l’annuaire Lovell’s Montreal Directory et apparaît dans des cartes dès 1898.4 Pour sa part, la paroisse Notre-Dame-des-Sept-Douleurs n’a été érigée qu’en 1899 et la première église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs fut construite en 1900. (L’actuelle église date de 1914.)
Ainsi, le nom de la rue fait plutôt référence à l’église Saint-Paul, située à 1,5 km de distance dans le quartier de Côte-Saint-Paul. La première église est construite en 1876, et l’appellation Church Road apparaît à Côte-Saint-Paul dès 1890.5
Foudroyée en 1899, l’église est reconstruite en 1900; elle brûle de nouveau en 1907 et est encore reconstruite en 1910-11. L’œuvre de l’architecte Joseph Arthur Godin, la nouvelle église contenait des vitraux par le verrier de renommée Guido Nincheri; ainsi, elle a été comprise dans le site patrimonial de Côte-Saint-Paul, désigné en 1991.6, 7 La paroisse a subséquemment été fusionnée avec celle du Cœur-Immaculée-de-Marie, et l’église a été détruite par un incendie en février 2026.8
Anciens noms alternatifs : Église9; Avenue-de-L’Église (figure sur les plans du réseau officiels de 1982 à 1986).
Carte de 1898 montrant « Church Avenue » (l’actuelle rue de l’Église), avant la construction de l’église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs.
(Source10)
L’église Saint-Paul en 2021
Faits divers
Plan du réseau 1983 de la CTCUM, attribuant à la station le nom Avenue-de-L’Église
(Source11)
Maquette de l’édicule Wellington
(Source12)
Esquisse architecturale de la station de l’Église, montrant le plan originel avec quais latéraux
(Source13)
- Le chantier de la station a été touché par un effondrement majeur le 20 mars 1974. Au moment de l’accident, on n’avait pas encore fait couler la voûte en béton, donc des cintres métalliques soutenaient le roc au-dessus de la station. On avait également commencé à excaver la nef de la station, et les cintres n’avaient pas encore pu être installés dans ce secteur. Enfin, la fonte du printemps avait saturé les sols d’eau.
- Le jour de l’incident, vers 11 h 00, le dynamitage a créé des failles dans le roc friable au-dessus de la grosse œuvre de la station et on a remarqué que les cintres avaient commencé à se déplacer de façon importante. On a évacué le chantier. Quelques heures plus tard, la chaussée (qui avait été ouverte au passage au long des travaux) a commencé à gondoler, à craqueler et à s’effondrer. Finalement, vers 14 h 15, une section de la rue Wellington à l’est de la rue de l’Église est tombée dans le gouffre, créant un trou d’environ 21 mètres de profond et 25 mètres de long. Tout le quartier a été évacué à cause de la fuite de gaz produite par la rupture des conduits et des craintes pour la stabilité des bâtiments avoisinants. On a fini par remblayer la station avec de la pierre concassée pour empêcher d’autres éventuels effondrements. Heureusement, personne n’a été blessé et aucun autre bâtiment n’a été perdu.2, 14
- L’effondrement était attribuable en partie à la formation rocheuse comparativement faible dans laquelle la station se trouve. Celle-ci est constituée de schistes des formations d’Utica et de Nicolet, à la différence des calcaires plus résistants (groupes de Trenton et de Chazy) qui composent la plus grande partie du sous-sol de l’île de Montréal.15 À la suite de l’accident, les plans pour la station ont été modifiés en conséquence, pour réduire la largeur de la station de moitié et ainsi la quantité de roc devant être soutenue durant la construction. Cette solution a aussi été utilisée à la station Charlevoix. D’autres stations construites dans la même formation rocheuse, dont Verdun et LaSalle, sont construites en tranchée, solution qui n’avait pas été retenue pour De l’Église afin d’éviter les effets sur les commerces de la rue Wellington d’une fermeture prolongée pour permettre les excavations nécessaires.2
- Non seulement l’accident a-t-il repoussé l’inauguration du prolongement de 1976 jusqu’en 1978, mais il a fallu aussi fermer la portion affectée de la rue Wellington; les travaux s’y poursuivaient à ciel ouvert, alors que la construction du restant de la nef s’est poursuivie en tunnel.2 Les marchands riverains ont tenté de récupérer la perte dans leurs chiffres d’affaires en tenant une grande braderie sur les parties ouvertes de la rue. Les festivités comprenaient notamment un funambule qui a traversé le fossé du chantier sur un fil de fer.
- Le reste de la construction fut troublé par d’autres effondrements de moindre importance. En raison des retards, l’édicule de l’Église n’a pas été complété à temps pour l’inauguration le 3 septembre 1978 et n’a été ouvert qu’en 1979.
La rue Wellington trouée par l’effondrement
(Source12)
Vue de l’excavation de la station suite à l’effondrement
(Source12)
Les bancs en bois de la station avant d’être recouverts de tôle
(Source16)
Adresses des accès
Arrondissement de Verdun
Accès Wellington : 250, rue Galt, angle rue Wellington
Accès de l’Église : 133, rue de l’Église, angle rue Ross (sans préposé)
Attractions avoisinantes
- Plage urbaine de Verdun
- Auditorium de Verdun
- Hôpital de Verdun
- CLSC de Verdun
- Église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs
- Parc Arthur-Therrien (Berges de Verdun)
Dernière mise à jour : 8 Oct 2026
Références
- Source de l'image : Bureau de transport de Montréal. (1978). [Livret sans titre à propos du prolongement de la ligne verte en 1978.] Montréal : BTM. P. 15. ↩
- Senosier Roberge, Véronique (réalisatrice). (2019, 23 septembre). « Station de l'Église » [épisode d'émission télévisuelle]. Le métro voyage dans le temps. MAtv Montréal. ↩ ↩ ↩ ↩ ↩
- Ouellette-Vézina, Henri. (2025, 16 avril). Faute de financement: L’installation d’ascenseurs encore à l’arrêt dans le métro. La Presse. ↩
- Lovell’s Montreal Directory for 1897-98. (1897). Montréal : John Lovell & Son. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 0005993752. Voir p. 164 (« A street directory of Montreal, » s.v. « Church av. »), et, par ex., p. 729 (« Alphabetical directory, » s.v. « Hickin, G.T. »). Voir aussi Goad (1898), ci-dessous. ↩
- Goad, C.E. (1890). Atlas of the City of Montreal from special survey and official plans, showing all buildings & names of owners. Montréal : auteur. Planche 61. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 0000174398. ↩
- Paré, O. (2017). Le site patrimonial de Côte-Saint-Paul. Mémoires des Montréalais. Centre d’histoire de Montréal. ↩
- Conseil du patrimoine religieux du Québec. (2020). Église Saint-Paul. Patrimoine des lieux de culte du Québec. ↩
- Benessaieh, Karim. (2026, 23 février.) Côte-Saint-Paul : Une ancienne église a été ravagée par les flammes. La Presse. ↩
- Communauté urbaine de Montréal. (1989). Tour toponymique : Les stations de métro. Montréal : auteur. ↩
- Image adaptée de : Goad, C.E. (1898). Map of the city of Montreal [carte]. Montréal : auteur. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, E21,S555,SS1,SSS21,P6. ↩
- Source de l’image : CTCUM. (1983, janvier). Plan du réseau C.T.C.U.M. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 0006813063. ↩
- © Archives de la STM. ↩ ↩ ↩
- Source de l’image : Lemay-Leclerc, architectes. De l'Église (document de présentation au Bureau de transport métropolitain). c. 1973. Archives de la Ville de Montréal, dossier CA M001 XCD001-D19, cote 1D-06-01-01F. P. 13. ↩
- Chartier, R. (1974, 21 mars). L’effondrement retardera le prolongement du métro. La Presse, p. A3. ↩
- Thériault, R. (2014). Géologie des basses-terres du Saint-Laurent [carte]. Québec : Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles. ↩
- Source de l’image : Bureau de transport métropolitain. (1983). De l’Église [dépliant]. ↩
Verdun





















































