ACADIE
Architectes
Pierre Mercier, Pierre Boyer-Mercier et Patrice Poirier
Artistes
- Jean Mercier
- Météore Design (Jean-François Jacques and Pierre-Marc Pelletier)
- Michel Morelli
Mise en service
28 mars 1988
Art et architecture
Formes et couleurs sensationnelles s’allient dans le décor de cette station merveilleuse.
L’élément clé du design, et le premier qui saute à l’œil, est son agencement de grandes étendues de matériaux de couleurs vives. Les murs des quais sont revêtus de panneaux de granit noir poli et mat en échiquier, formant une puissante trame de fond pour une bande d’acier émaillé bleu ultramarin et surtout pour les motifs inoubliables en rouge grenadine et noir formés par le carrelage céramique au sol.
Le brillant jeu de couleurs se poursuit aux niveaux supérieurs, notamment avec le carrelage céramique azur vif et noir au sol de la billetterie aménagée en mezzanine, ainsi que des murs d’accent et de parapets qui reprennent l’échiquier de granit noir, des garde-corps métalliques blancs, des pavages de granit noir et des panneaux d’acier émaillé de blanc et de bleu ultramarin, le tout sur un fond de panneaux de calcaire gris pâle et de béton brut. La palette et les motifs tirent leur inspiration des designs audacieux du Groupe Memphis, un mouvement de design postmoderne italien des années 1980 influencé par des styles tels que l’art déco et le pop art ainsi que le kitsch futuriste de l’après-guerre américain.1
Les quais sont construits principalement en tunnel; un volume profond dans la partie sud de la station, construit en tranchée, abrite la mezzanine contenant la salle de contrôle. Ce volume carré est disposé à un angle de 45 degrés par rapport à l’axe des voies. Cet angle constituera le point de départ pour l’aménagement et le décor de la station entière, caractérisé par l’omniprésence de la tension entre des angles de 90 et de 45 degrés.
Au niveau des quais, cet angle apparaît dans les forts motifs au sol, dans les bancs et dans le positionnement diagonal des éléments d’éclairage. Les luminaires standardisés utilisés dans tout le réseau reçoivent en effet une réinterprétation flamboyante. En plus de leur disposition en oblique, ils sont peints de rouge en harmonie avec les planchers et sont munis d’écrans rectangulaires qui reflètent la lumière de façon théâtrale, ce qui produit un effet unique de dégradé sur la surface des luminaires eux-mêmes et met les coloris saisissants des murs et des planchers, pour ainsi dire, sous les feux de la rampe.3
Les escaliers des quais sont également disposés à un angle de 45 degrés et sont encadrés emphatiquement par le revêtement mural de granit, de sorte que chacun des escaliers semble pénétrer dans un immense cube noir. En haut de ces escaliers, la mezzanine qui accueille la billetterie poursuit la géométrie impressionnante en se projetant notamment au-dessus des voies telle la proue d’un navire. Le dessous en béton brut de cette mezzanine, bien que moins remarquable que les autres éléments du décor, arbore néanmoins des formes intéressantes, dont une série de formes en dent de scie au-dessus du bord des quais.
Partout dans la billetterie et aux niveaux supérieurs, la charpente en béton des plafonds forme des caissons profonds carrés, toujours à un angle de 45 degrés, un effet sculptural qui renforce fortement la géométrie de la station. La pénombre au fond de ces caissons et surtout de la bouche de ventilation au-delà de l’extrémité de la mezzanine forme un contraste impressionnant avec les couleurs éclatantes des espaces de circulation.3
À partir de la billetterie, les escaliers de sortie mènent vers un palier; situé sous l’édicule est (Beaumont), il est éclairé par un puits de lumière intégré à la structure de cet édicule. Le palier constitue un carrefour où les passagers poursuivent leur trajet dans le même axe vers cette sortie, ou bien font demi-tour vers l’édicule ouest (de l’Acadie), plus petit que son homologue, via un tunnel au plafond peu élevé. Apparemment isolé du restant de la station, ce tunnel longe en fait le côté sud du grand volume et offre des percées visuelles avec des perspectives surprenantes de la mezzanine en contrebas. Le carrelage rouge et noir des quais réapparaît dans ce corridor.
Les édicules suivent également le motif du losange en carré dans leur tracé et leur géométrie ainsi que dans le coffrage des plafonds et les contours des profondes saillies du toit de l’édicule Beaumont. Un peu étroits mais tout de même impressionnants, ces bâtiments en béton sont revêtus du même calcaire gris pâle que le grand volume, ponctué par des bandes voyantes de granit rose et noir. Les meneaux des fenêtres sont peints de bleu sarcelle et de rose antique, soit des répliques plus tamisées des coloris audacieux de l’intérieur de la station.
Deux des œuvres d’art de la station chevauchent la ligne entre mobilier et sculpture. Point d’orgue de l’hommage au Groupe Memphis, la billetterie accueille une grande horloge sculpturale avec des bancs intégrés, conçue par la firme Météore Design pour servir comme point de rencontre et portant ainsi le titre Lieu de rendez-vous. Le pilier central revêtu de granit et d’acier porcelaine bleu vif est entouré par deux bancs en acier inoxydable, disposés telles des aiguilles d’horloge dans un cercle inscrit sur le plancher.
Au même titre, les bancs impressionnants en granit noir et acier rouge aux quais (ainsi qu’un exemplaire modifié dans l’édicule Beaumont) ont été créés par Michel Morelli pour s’accorder avec le contexte visuel de la station par leurs couleurs et leurs lignes, tout en donnant un clin d’œil à l’histoire du transport en commun — les grillages rouges de part et d’autre du siège rappellent les porte-bagages des anciennes voitures de chemin de fer et des anciens tramways de Montréal.3
Plus haut, le revêtement mural en céramique blanche dans l’escalier principal et le couloir entre les deux édicules arbore des reproductions photographiques de Jean Mercier représentant des personnages s’envolant et virevoltant dans l’espace. La sensation d’apesanteur et de féerie évoquée par ces murales souligne la transition entre l’environnement souterrain strictement ordonné et l’air libre.
Accessibilité
Cette station n’est présentement pas accessible en fauteuil roulant. Aucun plan de mise en accessibilité n’a encore été annoncé.
Selon le Plan de développement d’accessibilité universelle de la STM 2012-2015 (p. 40), la complexité anticipée de l'implantation d'ascenseurs à cette station a été évaluée comme étant élevée (coûts estimés supérieurs à 18 millions $).
Historique et faits divers
Profondeur des quais
16,5 mètres
30e station en profondeur
Longueur d’interstations
Vers Outremont : 728,60 mètres
Vers Parc : 727,60 mètres
Origine du nom
Boulevard de l’Acadie. La colonie française de l’Acadie fut fondée en 1604 sur les territoires de la Confédération Wabanaki. Elle comprenait la plupart des actuelles provinces maritimes, ainsi que des parties de la Gaspésie et l’État américain du Maine. À l’issue d’une série de guerres s’étant déroulées sur 74 ans, la Grande-Bretagne a conquis l’Acadie en 1755.
Par la suite, les Acadiens qui refusaient de prêter serment d’allégeance à la couronne de la Grande-Bretagne furent déportés vers d’autres colonies britanniques, un événement appelé le Grand Dérangement. Environ un tiers des déportés sont morts et les survivants étaient souvent contraints à des travaux forcés. La Grande-Bretagne a fait emménager des protestants anglophones aux anciennes communautés acadiennes afin d’en consolider sa domination et assimiler ceux qui sont restés. Entre autres, des Acadiens déportés sont devenus les ancêtres de la culture cadienne ou cajun du Sud américain.
La culture acadienne a connu une renaissance à partir du XIXe siècle. Aujourd’hui, le Canada compte entre 300 000 et 500 000 Acadiens, dont le plus grand nombre vit au Nouveau-Brunswick.
Suite à des manifestations populaires en 1955 entourant le deux-centième anniversaire de la déportation, le conseil municipal de Montréal a changé le nom de l’avenue McEachran en boulevard de l’Acadie le 1er mars 1956.4
Noms proposés durant la phase de planification : De l’Acadie;5 L’Acadie.
Faits divers
- Ceci est la seule station de métro avec des sorties dans deux municipalités différentes : l’édicule de l’Acadie, à l’ouest, est situé sur le territoire de la ville de Mont-Royal. Depuis les fusions municipales de 2002, la station est également la seule sur l’île de Montréal ayant un accès à l’extérieur des limites municipales de Montréal. (La structure de la station Atwater est entrecoupée par la limite de la ville de Westmount, et le statut de son accès à Westmount Square est ambigu, mais les deux édicules exploités par la STM sont situés à Montréal.) La ville de Mont-Royal a fait une pression politique considérable pour s’assurer que la station allait avoir un accès dans son territoire.3
- À l’origine, les plans des architectes prévoyaient une palette de noir, orange, rose et pourpre plutôt que les couleurs finalement choisies.8
- À cause de retards dans la construction, la station Acadie est entrée en service un peu moins de trois mois après les autres stations du prolongement entre Parc et Snowdon, ouvertes le 4 janvier 1988. En l’entretemps, les trains y passaient sans s’arrêter. Toutefois, la station a été présentée comme les autres lors de la cérémonie d’inauguration en janvier 1988; les invités ont pu visiter la station toujours en chantier.3 Suite à la complétion de la ligne bleue, un moratoire sur les prolongements du métro a fait en sorte que la station Acadie est restée pendant près de vingt ans la dernière station à être ouverte, jusqu’à l’ouverture du prolongement vers Laval en 2007. Elle demeure la dernière station ouverte sur l’île de Montréal, et le sera jusqu’à la mise en service du prolongement de la ligne bleue vers Anjou, prévue en 2031 — soit un intervalle de plus de 40 ans.
- Au moment de la mise en service de la station, seul l’édicule Beaumont était disponible; l’édicule de l’Acadie est ouvert quelque temps plus tard.9
- Les murales de Jean Mercier ont été la première œuvre photographique permanente dans le métro. Les personnages dans les murales dans le corridor entre les deux édicules sont en fait des personnes ayant travaillé à la conception de la station, dont ses trois architectes. De gauche à droite : Marie-Louise Broggi (technicienne senior en architecture), Henri Mercier (architecte et père de l’artiste), Patrice Poirier (architecte), Sylvie Perreault (architecte), Pierre Boyer-Mercier (architecte et frère de l’artiste) et Gérard Lanthier (assistant de M. Boyer-Mercier). Les personnages dans la murale surplombant les escaliers sont l’ex-conjointe de l’artiste (dont le nom n’a pas été publicisé) et leurs deux enfants, Laurence et Vincent.10 Grâce à la présence de leurs visages dans cette œuvre d’art, les architectes sont parmi les seuls à avoir en quelque sorte leur « signature » dans leur station de métro.
Plan publié par la CTCUM en 1983, affichant la station projetée sous le nom « de l’Acadie »
(Source5)
Maquette architecturale de la billetterie.
(Source11)
La palette proposée à l’origine par les architectes.
(Source8)
- Des scènes du film Maelström (2000) de Denis Villeneuve furent tournées dans cette station. (Fait anachronique, la scène présente une conversation entre des personnages sur le quai de la station après minuit; or, la ligne bleue fermait avant minuit jusqu’en 2002.)
Marie-Josée Croze et Marc Gélinas dans Maelström (2000).
(Source12)
Adresse des accès
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Arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension A Accès Beaumont : 999, avenue Beaumont, angle boulevard de l’Acadie Ville de Mont-Royal B Accès de l’Acadie : 6900, boulevard de l’Acadie, angle avenue Beaumont |
Attractions avoisinantes
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Dernière mise à jour : 13 Oct 2026
Références
- Jean-François Jacques, artiste. Présentation durant une visite guidée des stations de la ligne bleue, le 29 septembre 2017. ↩
- Adapté de : Mercier, Boyer-Mercier, Poirier, architectes. Station Acadie (document de présentation au Bureau de transport métropolitain). Février 1985. Archives de la Ville de Montréal, dossier CA M001 XCD001-D19, cote 1D-06-01-39F. ↩
- Senosier Roberge, Véronique (réalisatrice). (2022, 3 octobre). « Station Acadie » [épisode d'émission télévisuelle]. Le métro voyage dans le temps. MAtv Montréal. ↩ ↩ ↩ ↩ ↩
- Fiche descriptive : Boulevard de l'Acadie. Commission de toponymie du Québec. ↩
- CTCUM (1982, janvier). Plan du réseau C.T.C.U.M. [carte.] Montréal : auteur. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 0006815348. ↩ ↩
- Henri Beau. La dispersion des Acadiens. 1900. Huile. Musée acadien de l’Université de Moncton. Source : Wikimedia Commons. ↩
- Gouvernement du Nouveau-Brunswick, Wikimedia Commons. Utilisé en vertu de la licence Creative Commons CC0 1.0 Deed (domaine public). ↩
- Mercier, Boyer-Mercier, Poirier, architectes. Station Acadie (document de présentation au Bureau de transport métropolitain). Février 1985. Archives de la Ville de Montréal, dossier CA M001 XCD001-D19, cote 1D-06-01-39F. ↩ ↩
- « La station L’Acadie est ouverte. » (28 mars 1988). Le Journal de Montréal. ↩
- Info-STM. (2002, 19 novembre.) Les artistes du métro de Montréal : Jean Mercier. Métro, p. 7. ↩
- © Archives de la STM. ↩
- Image © 2000 Alliance Vivafilm. ↩
Outremont





















































